À l’instar de nombreux pays, la Corée du Nord souhaite se doter de satellites permettant de mieux savoir ce qu’il se passe sur son territoire et en dehors vus du ciel. Mais ces lancements sont souvent perçus par la communauté internationale comme des couvertures pour le développement de technologies de missiles balistiques intercontinentaux.
Et, la distinction entre un satellite « espion » et un satellite scientifique ou de communication n’est pas évidente. Puis, les déclarations officielles nord-coréennes ne sont pas toujours claires. Nous vous proposons un point éclair sur l’historique des précédentes tentatives, avant de retracer ce qu’il s’est passé pour le dernier lancement de satellite-espion par la Corée du Nord.
Rapide historique des précédents essais de lancement de satellite-espion
La Corée du Nord a réalisé plusieurs essais de lancement de satellite en orbite avant de vraiment atteindre son but.
Gwangmyeongsong‑1 (1998)
L’Étoile brillante‑1 (traduction du coréen 광명성, gwangmyeongsong, parfois orthographié kwangmyongson) de la République populaire démocratique de Corée est le premier d’une série de satellites développés et lancés par le pays. 1998 est l’année de la première tentative de la Corée du Nord à mettre en orbite un satellite-espion. Même si Pyongyang affirmait avoir réussi du premier coup, les États-Unis, la Russie et d’autres observateurs internationaux n’ont jamais trouvé de preuves de cette réussite.
Il semblerait donc que ce fut un échec pour Kim Jong-il alors chef d’État et commandant des armées de la Corée du Nord.
Gwangmyeongsong‑2 (2009)

Un peu plus de 10 ans plus tard, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il essuie un second échec malgré une déclaration officielle prétendant le contraire. Le gouvernement nord-coréen se réjouissait même de pouvoir diffuser des chants révolutionnaires depuis son satellite en orbite. Mais, comme précédemment, plusieurs pays ont confirmé que le lancement avait échoué et qu’aucun objet n’avait été placé en orbite.
Gwangmyeongsong‑3 et Gwangmyeongsong‑3 Unit 2 (2012)
Succédant au décès de son père en 2011, Kim Jong-un devient chef suprême des forces armées et poursuit les tentatives de lancement de satellite initiées par son père. Le premier des deux essais de l’année 2012 a échoué, mais la seconde unité, lancée la même année, a été un succès selon Pyongyang.
Des observateurs internationaux ont confirmé que le satellite était bel et bien en orbite, mais il ne semblait pas fonctionner correctement.
Gwangmyeongsong‑4 (2016)

Quatre ans plus tard, la Corée du Nord a annoncé avoir mis en orbite Gwangmyeongsong‑4 avec succès. Mais, comme pour le satellite précédent, des doutes internationaux ont été émis quant au bon fonctionnement du satellite. Bien sûr, nous ne saurons peut-être jamais le fin mot de l’histoire.
Cependant, nous verrons ci-dessous que la persévérance de la Corée du Nord dans ses efforts spatiaux n’a pas dit son dernier mot.
21/11/2023 : date à marquer au fer rouge ?
Le 22 novembre 2023, très tôt dans la matinée le régime nord-coréen déclarait le succès du lancement du satellite de reconnaissance militaire Malligyeong‑1 (만리경‑1, parfois écrit Malligyong‑1). La KCNA (Agence centrale de presse nord-coréenne) avait précisé :
« L’Administration nationale des technologies aérospatiales (NATA) a lancé avec succès le satellite de reconnaissance militaire Malligyeong‑1 à bord de sa nouvelle fusée Chollima‑1 depuis la base de lancement de satellites de Sohae, située dans le comté de Cholsan, dans la province du Pyongyan du Nord, le 21 novembre 2023 à 22h 42min 28s. »
Moins de 12 minutes plus tard, le satellite était placé en orbite.
Les essais de lancement du satellite-espion en 2023
La Corée du Nord a réalisé trois tentatives en 2023 avant de réussir le lancement et la mise en orbite.
Premier essai en mai 2023
Le premier essai date du 31 mai 2023, mais le deuxième étage du lanceur Chollima‑1 s’allume trop tôt mettant fin à la tentative de mise en orbite. Les restes s’écrasent dans la mer Jaune où la Corée du Sud récupère les restes de la fusée.
Deuxième essai en août 2023
Le 23 août 2023, la Corée du Nord tente de lancer un satellite Malligyeong‑1 à son bord sont de nouveau perdus après l’échec du lancement. Il aurait été dû à l’activation par erreur du système d’autodestruction de la fusée.
Troisième essai d’octobre repoussé à novembre
La troisième tentative était initialement prévue en octobre 2023, mais des problèmes techniques n’étaient pas encore résolus. Le mois précédent, en septembre, le leader nord-coréen Kim Jong-un avait rendu visite à la Russie pour rencontrer Vladimir Poutine afin d’obtenir un soutien technologique pour le lancement du satellite-espion nord-coréen.
Ce que confirme un rapport du NIS (Service national du renseignement sud-coréen) en précisant que « le président russe Vladimir Poutine a ouvertement affiché sa volonté de soutenir le lanceur spatial, lui-même, lors de la réunion entre Poutine et Kim Jong-un. […] Le NIS a saisi les circonstances d’un transfert du résultat d’analyse [des essais manqués de 2023] de la part de la Russie. »
Déclaration de réussite du lancement du satellite-espion nord-coréen
Le 22 novembre 2023, les autorités nord-coréennes ont partagé la nouvelle du succès du lancement et de la mise en orbite du satellite Malligyeong‑1. Information confirmée par le NIS ainsi que le Comité des chefs d’état-major interarmées (JCS, Joint Chiefs of Staff) qui a déclaré que le satellite-espion allait en direction du sud. Il a survolé les eaux à l’ouest de l’île Baengyeong à la frontière sud-coréenne.
Le régime nord-coréen avait au préalable communiqué une fenêtre de lancement entre le 22 novembre et le 1er décembre, mais il a effectué la manœuvre quelques heures plus tôt. Une précipitation visiblement due à de mauvaises prévisions météorologiques aux environs de la base de lancement de Sohae à Tonchang-ri.
Photos prises de la base américaine à Guam
Selon l’Agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA), le satellite-espion de Kim Jong-un aurait pris des photos de la base aérienne américaine située à Guam avant de les transférer à la capitale. L’agence de presse précise que les photos ont été reçues à 9h21 (heure locale) moins de 10 heures après le lancement. La mission du satellite prendra officiellement effet le 1er décembre de cette année.

Lors de sa visite au centre de contrôle des satellites de l’Administration nationale de la technologie aérospatiale, Kim Jong-un a déclaré qu’il était nécessaire d’exploiter davantage de satellites de reconnaissance dans le but de renforcer les capacités d’autodéfense de la RPDC.
La Corée du Sud a‑t-elle vraiment du souci à se faire ?
Le 24 novembre, le site Web Orb Track, un traqueur de satellites, indique que Malligyeong‑1 passerait au-dessus de la péninsule coréenne au moins deux fois par jour. De son côté, VOA (Voice of America) avait fait savoir qu’une vitesse maintenue de 7,6 km par seconde, comme c’est le cas, rendrait capable au satellite nord-coréen de faire le tour de la Terre 15 fois par jour.
Le 28 novembre, la République populaire démocratique de Corée avait fait savoir que son satellite avait pris des photos de la Maison-Blanche, du Pentagone et de grandes bases militaires américaines. Des bâtiments de guerre (5 porte-avions américains et britanniques) ont également été pris en photo par Malligyeong‑1 sur le chantier naval de Newport News.
Dans les jours qui ont suivi, les autorités de Corée du Nord ont continué à se vanter de prises de photos de lieux militaires stratégiques aux États-Unis, en Corée du Sud et au Japon.
Le dimanche 3 décembre, la KCNA a déclaré que le bureau chargé de l’exploitation du satellite de reconnaissance militaire nord-coréen a commencé sa mission la veille.
Réaction étrangère et sanctions internationales
La Corée du Nord, qui fait déjà l’objet de multiples séries de sanctions internationales depuis 2006 pour ses essais nucléaires et balistiques, reçoit de nouvelles sanctions. Elles s’ajoutent aux anciennes résolutions qui imposaient déjà des sanctions commerciales, financières et diplomatiques. Les USA et la Corée du Sud sont les plus réactifs sur ce sujet. Ces mesures restrictives ne font qu’exacerber les tensions déjà existantes entre ces nations et la Corée du Nord.

Le 4 décembre, la Corée du Nord dénonce les États-Unis pour le double standard (« deux poids, deux mesures ») pratiqué à leur encontre et en faveur de la Corée du Sud. Un porte-parole non identifié de la NATA déclarait que les USA avaient « effrontément » aidé la Corée du Sud pour son lancement de satellite et ouvertement condamné le Nord alors qu’il est dans « l’exercice de son droit souverain ». Lors d’une conférence de presse, Matthew Miller, porte-parole du département américain d’État, a répondu :
« La Corée du Sud ne fait pas l’objet de multiples résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies pour des activités dangereuses et déstabilisantes dans la région ».
Malligyeong‑1, nouvelle star de la propagande nord-coréenne

Malgré toutes ces positions fermes de la part de l’international (le G7 a aussi fortement condamné le lancement du satellite de reconnaissance militaire), la Corée du Nord semble rester très fière de sa réussite. Rodong Sinmun (로동신문), le quotidien officiel du Parti du travail de Corée du Nord, et la KCNA ont rapporté la diffusion d’images de propagande en lien avec le lancement du satellite-espion Malligyeong‑1 et de la réussite de sa mise en orbite.
« Ces images représentent les sentiments d’admiration et d’éloge de 10 millions de peuples envers le camarade Kim Jong-un, qui a ouvert un raccourci pour permettre à la République de devenir une puissance spatiale […] et de faire briller au plus haut niveau la dignité et le statut de la République » (Rodong Sinmun).
Source : Yonhap News.








Laisser un commentaire