Si vous avez déjà regardé un drama historique, il y a de très fortes chances pour que vous connaissiez le gat (갓). Ce chapeau coréen traditionnel, exclusivement porté par les hommes, est l’un des symboles de l’époque Joseon. Il est d’une finesse incroyable et nécessite un savoir-faire exceptionnel. Plus qu’un simple couvre-chef, le gat était un symbole de prestige et d’érudition. En effet, confectionné à partir de crin de cheval, ce chapeau cylindrique à larges rebords reflétait le statut social de son propriétaire. Aujourd’hui complètement absent des rues coréennes, cet accessoire reste un symbole vibrant d’une époque disparue. Découvrons ensemble l’histoire et les secrets du gat, le chapeau coréen traditionnel.
L’histoire du chapeau coréen traditionnel
Un couvre-chef de commodité
L’apparition des premiers chapeaux coréens semble remonter à l’époque Silla (57 avant J.-C. / 935 après J.-C.). Le peuple portait alors des chapeaux de fourrure vertical peints en blanc. Ces couvre-chefs rudimentaires appelés « iphyeon baekhwa pimo » (입형백화피모) sont considérés comme les ancêtres du gat. À l’origine, ce chapeau était considéré comme un accessoire de commodité. De nombreuses personnes le portaient donc pour se protéger du soleil, de la pluie ou du vent. Son envergure, la légèreté et sa finesse ont progressivement fait de cette coiffe, une pièce incontournable.
Une distinction sociale
Sous la dynastie Goryeo (918‑1392), les chapeaux se sont diversifiés et améliorés. Le gat (갓) noir de forme cylindrique voit alors le jour et devient le chapeau officiel des fonctionnaires. Puis, durant l’ère Joseon (1392–1910), son utilisation a été étendue aux nobles, aux seonbi (선비, lettrés) et aux yangban (양반, personnes aisées). Du matin au soir, tous les hommes des classes supérieures arboraient ainsi cet accessoire qui incarnait la fierté et la dignité de leur statut social.

Un accessoire remisé au placard
Durant l’époque Joseon, les hommes comme les femmes avaient les cheveux longs. Les femmes célibataires les tressaient, celles mariées les portaient en chignon bas et les hommes en chignon haut. À la différence des femmes, il était inconvenant pour un noble d’exposer ainsi son chignon aux yeux de tous ; c’est pourquoi ils portaient toujours un gat.
Cependant, en 1894, le roi Gojong publie un décret interdisant aux hommes de porter le chignon. Tous se sont alors coupé les cheveux. Ne voyant plus d’utilité au port du gat, le chapeau coréen traditionnel est petit à petit devenu optionnel, pour disparaitre complètement de la circulation au cours du XXe siècle, avec l’arrivée des vêtements occidentaux (양복).
Un symbole historique
Après plusieurs décennies, le gat a fait un retour triomphal au pays du matin frais grâce aux séries historiques. À l’instar du hanbok, le gat est ainsi devenu un accessoire indissociable de la culture coréenne. Grâce aux nombreuses productions à succès comme Moon Embracing the Sun ou The King’s Affection, l’artisanat traditionnel a pris un second souffle et fait perdurer l’histoire de ce chapeau emblématique.

De quelles parties est composé le gat ?
Le chapeau coréen traditionnel
Le gat, parfois nommé « heuglip » (흑립) ou « ipja » (입자), se compose de 3 éléments :
- un dae‑u (대우) ;
- un yangtae (양태) ;
- un gatkkeun (갓끈).

Le dae‑u est une structure cylindrique, ressemblant à un petit seau, légèrement plus large à son sommet. La base de ce dae‑u repose sur une structure ronde légèrement incurvée qui fait office de pare-soleil, nommée yangtae. Enfin, un fin ruban, ou gatkkeun, sert à maintenir le chapeau en place. Il est également courant que ce couvre-chef soit accessoirisé d’un long collier de perles dont les formes et les couleurs varient en fonction du statut social de son propriétaire.
Les systèmes de fixation du gat
À l’époque Joseon, les hommes ne quittaient pas leur manggeon (망건) de jour comme de nuit. Cette sorte de bandeau noir servait de support pour maintenir le gat et fait partie intégrante du costume traditionnel coréen masculin. Pour certaines occasions, un tanggeon (탕건) pouvait être placé au sommet de la tête pour cacher le chignon. Le chapeau était ensuite emboîté sur le tanggeon et attaché grâce au gatkkeun.

La fabrication du chapeau traditionnel coréen
Un art ancestral reconnu
La conception du gat est aujourd’hui considérée comme un art connu sous le nom de ganniljang (갓일장), « gat » faisant référence au chapeau, « il » au travail et « jang » à l’artisanat. Grâce à sa longévité et à sa grande valeur historique, cet art a été reconnu comme « bien culturel immatériel de grande importance », le 24 décembre 1964.
En effet, ce chapeau coréen traditionnel est obtenu grâce à un processus complexe exigeant des compétences uniques, détenues par une petite poignée d’artisans. Pour créer un gat complet, il faut ainsi maitriser plusieurs compétences de tissage, car le dae‑u requiert un savoir-faire différent du yangtae. Ainsi, il n’est pas rare qu’un chapeau soit réalisé par plusieurs artisans aux compétences complémentaires.
Un processus long et complexe
Le gat est entièrement réalisé à base de crin de cheval et de bambou, dont les tiges ont été travaillées pour être aussi fines qu’un cheveu. Les brins sont d’abord séparés les uns des autres individuellement, puis répartis autour d’une structure en bois. L’artisan les tresse ensuite patiemment jusqu’à former un dae‑u ou un yangtae. Les différentes parties sont enfin assemblées, peintes et le yangtae renforcé d’une fine couche de soie. La fabrication d’un seul chapeau traditionnel exige ainsi plusieurs jours de travail, mais une fois achevé, le gat respire l’élégance et la délicatesse. Durant plusieurs siècles, posséder cet accessoire était ainsi synonyme de richesse, car son coût avoisinait un mois et demi de salaire.
Les différents types de chapeaux coréens traditionnels
« La Corée est le royaume des chapeaux. Jamais au monde je n’ai vu une nation avec autant de variété de chapeaux. »
Charles VARAT. Deux voyages en Corée. 1892.
Même si le gat noir fait partie intégrante de la tenue traditionnelle pour les hommes dans l’imaginaire collectif, le chapeau coréen se déclinait sous d’autres formes et coloris selon les évènements et le statut social de son propriétaire. Ainsi, on distingue 5 principaux types de gat :
- Pyeongnyangja (평량자) est le plus ancien exemple de gat et n’était porté que par les hommes les plus modestes.
- Heuklip (흑립), aussi appelé ipja (입자) est le gat le plus courant. Porté par les fonctionnaires ayant réussi l’examen de la fonction publique appelé gwageo (과거), et les yangban ayant terminé leurs études confucianistes. Il était réservé à une élite et faisait la fierté de leurs dignes propriétaires.
- Cholip (초립) est un couvre-chef à mi-chemin entre le pyeongyangja et le gat noir classique. À l’ère Joseon, il était porté par les hommes ayant terminé leur formation, mais n’ayant pas encore réussi le gwageo.
- Baenglip (백립) est très similaire au gat noir, mais sa composition à base de chanvre lui conférait une couleur blanche. Il était porté par toute la population lors des périodes de deuil national et au quotidien par les marchands.
- Jeonlip (전립) est un chapeau qui accompagnait le yongbok, le hanbok des militaires. Il est généralement orné d’une cigale, d’une plume de paon ou d’un pompon et d’un long collier de perles de bois.

Gat, le chapeau coréen traditionnel
Autrefois symbole de richesse et de prestige, le gat témoigne aujourd’hui de l’histoire coréenne et incarne l’élégance d’une époque révolue. Accessoire indissociable du hanbok masculin, le gat est profondément ancré dans l’imaginaire collectif, en grande partie grâce aux nombreux dramas historiques qui le mettent en scène. L’industrie du divertissement est ainsi parvenue à sauver cet art ancestral, dont le savoir-faire s’apparente à de l’orfèvrerie. Même s’il n’est plus porté, ce chapeau coréen semble encore avoir de beaux jours devant lui !
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Sources :
- 국사편찬위원회 (National Institute of Korean History). 08/06/2022. [우리역사넷] 갓과 모자 (자막 지원) ([notre histoire] le gat et le chapeau). YouTube.
- KBS. 10/09/2021. [대한민국 1%] 전통 갓에 선비의 품격과 장인의 혼을 담다 ! 선비의 품격을 만드는 입자장 KBS 210906 방송 ([Korea 1%] (Un chapeau traditionnel qui capture la dignité d’un moine et l’âme d’un artisan ! Le processus du ipjang qui crée la dignité d’un seonbi). YouTube.
- Gannil (Horsehair Hat Making). Cultural Heritage Administration.
- 최지원. 05/06/2005. 서울에서 만나는 예인의 향기 ④ 갓일장 (L’odeur de Yein à Séoul ④ Gadiljang). SNU News.
- 백립 (baenglip). Naver. 한국민족문화대백과사전 (encyclopédie de la culture coréenne).
- 갓 (gat). Naver. 한국민족문화대백과 (Encyclopédie de la culture ethnique coréenne).
- 평량자형 갓 (pyeonglangjaheyong gat). Naver. 두산백과 (doopedia).
- Gat (chapeau). Wikipédia.

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