La scène politique de la Corée du Sud est le théâtre d’une ferme rivalité entre le parti au pouvoir (Parti du pouvoir du peuple, PPP) et l’opposition menée par le Parti démocrate (PD, Parti Minju) dont Lee Jae-myung est le chef. Ces dernières semaines les turbulences se sont transformées en tempête. Lee Jae-myung a entamé une grève de la faim le 31 août pour protester contre l’administration de Yoon Suk-yeol qu’il a qualifiée d’incompétente et violente. Et récemment un mandat d’arrêt à son encontre a été demandé. Nous faisons le point sur cette crise politique coréenne.
Du duel électoral à la persécution judiciaire
Qui est Lee Jae-myung ?
Anciennement gouverneur de la province de Gyeonggi (경기도, Gyeonggido) de 2018 à 2021, Lee Jae-myung est devenu le chef du Parti démocrate en 2021. Il fut battu par le candidat conservateur Yoon Suk-yeol en 2022 aux élections présidentielles de Corée du Sud. Le leader du PD a connu jusqu’ici une carrière politique jalonnée de hauts et de bas, et actuellement Lee Jae-myung est une figure centrale dans l’arène politique sud-coréenne. Charismatique et souvent au cœur des débats, il est connu pour ses prises de position tranchées. Aujourd’hui, il se retrouve au centre d’une crise qui secoue l’ensemble du paysage politique sud-coréen, puisqu’une seconde demande de mandat d’arrêt a été déposée à son encontre.

Deux tentatives de détention en un an
La première tentative de détention de Lee Jae-myung par les procureurs remonte à février 2023. Elle était en relation avec deux autres affaires : le scandale du développement de Daejang-dong à Seongnam et des donations controversées à l’équipe de football de la ville. Cependant, cette première tentative avait échoué suite au désaccord du parlement sur sa motion d’arrestation. Le défendeur avait mis en avant l’absence de preuve l’incriminant.
La seconde demande de mise en arrêt de Lee Jae-myung se base sur les suspicions de procureurs concernant une malversation présumée impliquant la Corée du Nord. Les allégations soutiennent qu’entre 2019 et 2020, le groupe Ssangbangwool, un fabricant de sous-vêtements, aurait transféré illégalement 8 millions de dollars à la Corée du Nord au nom de la province de Gyeonggi lorsque Lee était gouverneur. Et plus précisément, les suspicions se portent sur un versement de 3 millions de dollars, sur les 8 millions, afin de faciliter la visite de Lee Jae-myung au Nord.
La protestation forte et ouvertement déclarée de Lee Jae-myung
Faire état de toute la chronologie depuis le début de cette crise politique n’est pas l’objectif ici. Nous nous focalisons donc sur les évènements les plus récents concernant Lee Jae-myung le chef de l’opposition en Corée du Sud.
Début d’une grève de la faim aux motivations profondes
31 août, la scène politique sud-coréenne est témoin d’un acte de protestation radical : Lee Jae-myung entame une grève de la faim à durée illimitée. Lors d’une conférence de presse, le président du PD a déclaré vouloir empêcher Yoon de « saper la démocratie, de détruire la classe moyenne coréenne et de ne pas se dresser contre le gouvernement japonais » pour « une question de vie ou de mort ».

Cette décision, loin d’être anodine, est le reflet d’une opposition ferme et déterminée à l’administration actuelle, que Lee Jae-myung accuse d’être à la fois incompétente et violente. La grève de la faim qu’il a amorcée était accompagnée d’exigences précises :
- Présenter des excuses publiques pour ce qu’il perçoit comme une « destruction de la démocratie et une détérioration de la vie quotidienne du peuple », tout en réorientant la gouvernance dans un sens plus favorable au peuple.
- S’opposer au déversement des eaux contaminées du Japon et la poursuite du gouvernement japonais auprès du Tribunal international du droit de la mer.
- Engager une refonte complète de la politique de gouvernance actuelle, accompagnée d’un remaniement ministériel.
Réactions et premières répercussions
Alors que le mois de septembre s’ouvre, une demande de comparution devant les procureurs pour interrogatoire tombe dès le lendemain du début de la grève. En cause, des allégations de son implication dans les transferts d’argent illégaux d’une entreprise vers la Corée du Nord. Bien qu’acceptant d’assister à l’interrogatoire, Lee avait néanmoins clamé son innocence tout en dénonçant les convocations répétées les qualifiant de « harcèlement criminel ».
Rappelons que ce n’est pas la première fois que le président du PD fait face à des demandes de mandat d’arrêt. En février de cette année, une tentative de détention avait été entreprise par les procureurs. Cependant, cette tentative avait échoué suite au désaccord du parlement sur la requête d’arrestation.
Le pays est alors divisé entre soutiens inconditionnels et critiques acerbes. Le Parti démocrate se trouve dans une position délicate, tiraillé entre la défense de son leader et la nécessité de maintenir une certaine stabilité politique.
Crise en crescendo : Lee Jae-myung face à une série d’épreuves
Nous continuons ici la chronologie des évènements jusqu’à ce jour et l’hospitalisation de Lee Jae-myung.
Lee Jae-myung est questionné
Lee Jae-myung est interrogé une première fois le samedi 9 septembre. Trois jours plus tard, le 12 septembre, il se rend à nouveau au Bureau des procureurs du district de Suwon et le quitte cinq heures plus tard. Il déclare alors aux journalistes présents « je ne sais pas pourquoi ils m’ont à nouveau convoqué, car ils n’ont pas réussi à présenter la moindre preuve » avant d’ajouter qu’ils « concoctent des crimes à partir de ce qui logiquement n’aurait pas pu être possible ».
L’état de santé de Lee Jae-myung
Après 18 jours de grève de la faim, la santé de Lee Jae-myung perd de sa vigueur. Inquiétés, les députés du PD et son équipe médicale lui demandent de mettre fin à la grève, mais Lee insiste. Pourtant, une situation d’urgence due à la détérioration de la santé du chef de l’opposition pourrait avoir de graves conséquences politiques. Pour calmer le jeu et éviter le pire, l’opposition espère que l’administration Yoon et le PPP lui demandent d’arrêter cette manifestation et lui proposent de vive voix une réunion en le considérant comme un partenaire coopératif.

Lee Jae-myung est hospitalisé
En ce jour du 18 septembre 2023, à 7 h 10 (heure de Séoul), Lee Jae-myung est hospitalisé en raison d’une chute importante de glycémie. Il est en état d’obnubilation, ses fonctions psychiques sont au ralenti. La veille, il avait refusé l’hospitalisation d’urgence demandée par son équipe médicale, car sa santé s’était fortement dégradée.
Plus tard dans la journée, le chef du Parti démocrate a surmonté l’état critique, mais même affaibli Lee a décidé de ne pas prendre de repas. Il accepte néanmoins un minimum de perfusion.
Demande du mandat d’arrêt
Quelques heures plus tard, le même jour, le parquet dépose une demande de mandat d’arrêt contre Lee Jae-myung pour plusieurs chefs d’accusation, dont abus de confiance et corruption. Cependant, l’accord de l’Assemblée (soumis à la majorité des votants) est nécessaire pour l’arrestation d’un député lorsque le Parlement est en session. Cette mesure vise à protéger les députés de la persécution politique. À ce jour, le Parti démocrate détient la majorité à l’Assemblée.
Yoon, l’opposition et Lee Jae-myung
Cette crise politique coréenne s’accompagne d’autres moments forts qui mettent en exergue la forte tension existant entre le parti au pouvoir et l’opposition. On peut souligner par exemple la perquisition de bureaux et domiciles de journalistes (JTBC et Newstapa) survenue le 14 septembre. Le parquet sud-coréen leur reproche une ingérence dans les élections de 2022 en livrant des informations prétendument fabriquées dans le but de discréditer Yoon Suk-yeol lors de sa campagne présidentielle. Le 16 septembre, le Parti démocrate décide de présenter une motion pour la destitution du Premier ministre Han Duck-soo et de prendre des mesures pour ouvrir un conseil indépendant pour enquêter sur le cas de la mort d’un jeune marine. Et ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres qui démontrent une ferme et vive opposition des deux camps sud-coréens.
Sources : Korea JoongAng Daily, The Korea Herald, Yonhap News,

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