Kim Jong-un détruit la caserne de pompiers sud-coréenne au mont Kumgang

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Mont Kumgang, la Corée du Nord détruit la caserne de pompiers
Mont Kumgang, la Corée du Nord détruit la caserne de pompiers

Le mont Kumgang, situé en Corée du Nord non loin de la frontière avec le Sud, a toujours été très célèbre dans la culture coréenne. Cette montagne est devenue un symbole d’entente cordiale entre les deux pays de la péninsule lorsque, en 1998, un grand centre touristique y fut créé pour accueillir des visiteurs sud-coréens. Depuis l’été 2008, le site est fermé. Vendredi 10 mai, le ministère sud-coréen de l’Unification a déclaré que la caserne de pompiers construite sur le site par la Corée du Sud a été détruite. Pour l’instant, la RPDC (République populaire et démocrate de Corée) n’en a pas communiqué la raison.

Profitons de cette actualité pour (re) découvrir le site historique du mont Kumgang et son histoire.

Informations géographiques et culturelles du mont Kumgang

Le mont Kumgang (Kumgangsan, 금강산) est une zone montagneuse située à l’est de la Corée du Nord et proche de la frontière avec le voisin du Sud à 50 km au nord de la ville de Sokcho de Corée du Sud. Le mont Kumgang appartient à la chaîne de montagnes Taebaek. Il couvre une superficie d’environ 160 km² et s’étend sur trois districts (Hoeyang, Tongcheon et Goseong) dans le Gangwon-do du Nord*. Il est constitué de plusieurs pics, d’où son surnom de « 12 000 sommets », dont le plus haut est Birobong avec 1 638 mètres d’altitude.

💡 Les provinces que l’on connaît aujourd’hui existaient déjà avant la séparation de la Corée en 1945. Le 38parallèle avait séparé la province du Gangwon en deux parties, une au Nord l’autre au Sud.

Origine du nom

Kumgangsan tient son nom d’un sutra bouddhiste (Avatamsaka sutra) qui en fait mention : « Il y a le mont Kumgang à Haedong, où vit le Bodhisattva ». Kumgang signifie diamant et il s’agit de la traduction d’un terme bouddhique sanskrit « bajra ». Rien n’indique qu’il y ait une source de cette pierre précieuse, ce nom évoquait surtout les scintillements provoqués par les levers de soleil.

Site touristique d’hier et d’aujourd’hui

Cette montagne a de tout temps été un site touristique très apprécié des Coréens. Le mont Kumgang partage donc le podium des montagnes célèbres de la péninsule avec Baekdusan (Corée du Nord) et Hallasan (Jejudo). De nombreuses œuvres littéraires et picturales font mention de cette montagne depuis la période des Trois Royaumes (57 av. J.-C.-668). Les Hwarang de Silla y venaient déjà faire des visites, et malgré l’éloignement de cette montagne, par rapport à la capitale de Silla, une centaine de temples bouddhistes y furent construits.

La colonisation japonaise et la guerre de Corée ont fortement réduit les visites touristiques et les pèlerinages.

Des pics du mont Kumgang en automne (©Namuwiki).
Des pics du mont Kumgang en automne (©Namuwiki).

Renaissance et mort du site touristique

La Politique du rayon de soleil (1998–2008) du président sud-coréen Kim Dae-jung avait permis de grandes avancées positives dans les relations entre les deux pays de la péninsule coréenne. Au point qu’un site touristique officiel fut créé sur le mont Kumgang en Corée du Nord dès 1998. Il permettait ainsi aux Sud-Coréens de revenir visiter un lieu très célèbre ancré dans la culture coréenne depuis deux millénaires.

Le fondateur de Hyundai et Kumgangsan

Chung Ju-yung (1915–2001), fondateur du groupe Hyundai et originaire de la région de Kumgangsan, s’est investi dans le programme de création du site touristique dans cette montagne. En 1998, il se rendit en Corée du Nord afin de signer le protocole de développement touristique du mont Kumgang. L’exploitation des circuits touristiques a été confiée à la société Hyundai Asan.

Succès et interruptions

Le projet touristique en Corée du Nord a rencontré un franc succès. En juin 2005, Hyundai Asan annonçait que le nombre de touristes au mont Kumgang depuis 1998 dépassait 1 million. Le site accueillait 500 touristes par jour. À la fin de l’exploitation en 2008, on compte un total d’1,95 million de visiteurs sud-coréens. Bien que les étrangers n’étaient pas interdits, ce tourisme n’était pas spécifiquement prévu pour eux.

Entre 1998 et 2008, le programme touristique a connu quelques interruptions, notamment :

  • au moment du suicide de Chung Mong-heon en 2003 alors qu’il faisait l’objet d’une enquête pour une affaire de fonds illégaux vers la Corée du Nord ;
  • lors de la crise épidémique SRAS (2002–2004) en 2003.

Clap de fin pour le tourisme au mont Kumgang

En 2008, un tragique incident est survenu aux alentours du mont Kumgang. Le 11 juillet 2008, Park Wang-ja, une touriste sud-coréenne de 53 ans, s’était séparée de son groupe pour se rendre sur une plage située dans une zone militaire en dehors de la zone dévolue au tourisme. Aperçue par des soldats nord-coréens, elle fut abattue. Cette mort brutale mit fin aux visites touristiques du mont Kumgang.

Ce jour-là, le nouveau président Lee Myung-bak (conservateur) avait annoncé à l’Assemblée nationale vouloir reprendre le dialogue avec Pyongyang, mais la RPDC avait rejeté l’offre. Elle avait aussi refusé une ouverture d’enquête sur la mort de la touriste.

Le contexte de la fin du tourisme

Malgré la Politique du rayon de soleil initiée par le président démocrate Kim Dae-jung et le réchauffement des relations entre les deux Corée, des tensions persistaient. Cependant, on pouvait encore espérer la paix. Des sommets intercoréens se sont tenus en 2000, avec Kim Dae-jung et 2007, avec Roh Moo-hyung (démocrate aussi). Malheureusement, entre-temps la Corée du Nord réalise en octobre 2006 son premier essai nucléaire.

L’élection de Lee Myung-bak en 2008 à la présidence de la Corée du Sud allait sonner la fin d’une entente relativement cordiale. Il adoptait en effet une politique plus dure envers le Nord. Il s’en était suivi des incidents frontaliers avec des tirs et des disputes territoriales. Dans ce contexte de tensions diplomatiques, on peut être amené à penser que l’erreur commise par la touriste Park Wang-ja sur le mont Kumgang a servi de prétexte pour mettre fin à un vestige de la bonne entente intercoréenne.

Un espoir tué dans l’œuf

En 2018 le président Moon Jae-in (démocrate) et le dirigeant Kim Jong-un étaient tombés d’accord pour rouvrir les circuits touristiques au mont Kumgang. Mais l’année suivante, la RPDC projetait de faire de ce site une zone touristique internationale en retirant toutes les installations sud-coréennes. Puis, la crise sanitaire covid-19 fit fermer intégralement les frontières de la Corée du Nord et mit fin à toute possibilité de discussion autour de ce sujet.

La Corée du Sud possède encore un bâtiment

Dans notre article Unification coréenne : doit-on faire une croix dessus ?, nous faisions mention de la destruction du bureau de liaison entre le Nord et le Sud situé en RPDC. Toutes les infrastructures construites par le financement de la Corée du Sud dans le but d’améliorer les relations entre les deux Corée sont peu à peu détruites. La démolition de la caserne de pompiers au mont Kumgan est un nouveau pas vers la déstructuration des ententes construites au début des années 2000.

Capture d'image de Google Maps montrant la caserne de pompiers sud-coréenne sur le site touristique du mont Kumgang.
Capture d’image de Google Maps montrant la caserne de pompiers sud-coréenne sur le site touristique du mont Kumgang en Corée du Nord.

Est-ce un nouveau signe de la fin de toute entente pacifique entre les deux pays ? Tout porte à le croire. Il reste cependant, à Kumgangsan, un bâtiment détenu par le gouvernement sud-coréen. Un lieu permettant la réunion des familles séparées par la guerre de Corée (1950–1953). Ce bâtiment a été utilisé pour la dernière fois en 2018 pour organiser des retrouvailles.


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